MODE D’EMPLOI : LE GENRE ET LA SPHÈRE PRIVÉE

Les premières recherches rattachables au Genre dans ses ambitions politiques traitaient principalement des écarts de participation politique entre hommes et femmes, et de la sous-représentation de ces dernières au sein des élites dirigeantes. Petit à petit, les limites inhérentes à ce type d’approches ont conduit à un changement d’optique ; est alors apparu ce que nous nommons « Théorie du Genre » et que ces chercheurs désignent souvent par «perspective du genre ». [Note : Les débats lexicaux ne nous intéressent pas. Nous savons depuis longtemps combien les termes sont fluctuants. Cela ne nous empêche pas de repérer à qui nous avons à faire.]

Depuis, l’interrogation s’est déplacée vers la dimension sexuée de la politique et des concepts tels que l’État, le pouvoir, la justice ou la citoyenneté : il ne s’agit plus de s’interroger simplement sur la place des femmes dans la politique, mais sur les rapports entre les femmes et les hommes dans la société. Désormais, l’accent est mis sur ces constructions sociales et politiques que sont les catégories du genre : être «femme» ou «homme» n’est plus uniquement une question de biologie, mais aussi et surtout de pouvoir social, donc de conflit.

À la suite de l’ouvrage « Genre et politique – Débats et perspectives » publié chez Gallimard en 2000, nous nous intéresserons aujourd’hui à la dimension de la sphère privée. Cette mise au point est importante et s’impose. Najat Vallaud-Belkacem, notre ministre des droits des femmes nous avait averti, le 12 novembre 2012, lors d’une conférence à Science-Po dans le cadre du programme PRESAGE : « On sait qu’il est très difficile de déconstruire un ensemble de stéréotypes, de mécanismes, de préjugés tellement bien ancrés dans les mentalités qu’ils ne passent plus pour des préjugés mais pour des façons normales, naturelles de concevoir la société. Eh bien, c’est à cela qu’il va falloir s’attaquer, c’est à ces résistances, ces préjugés, qui ne sont pas simplement la conséquence d’une inertie. »

Si nous voulons protéger nos enfants, protéger notre vision de la culture, notre façon de nous déterminer, de vivre comme nous avons toujours vécu, il importe de protéger ce que nous considérons être du ressort de notre vie privé, de notre intimité, de notre identité. Nulle part nous n’avons signé pour laisser l’État s’occuper de l’éducation de nos enfants. Nulle part nous n’avons signé pour laisser l’État s’introduire dans ce que nous considérons relever de nos libertés individuelles. Nous ne voulons ni ingérence ni intrusion dans nos activités, dans notre intimité, dans nos décisions et dans nos conceptions éducatives. Il est temps de remettre les pendules à l’heure.

LE GENRE, LE PUBLIC ET LE PRIVE
Selon les féministes, le « genre » fait référence à l’institutionnalisation sociale des différences sexuelles. Ainsi, l’identité sexuelle, comme la différenciation entre les sexes, est socialement construite et peut, nous l’avons déjà répété, être déconstruite, ce que Najat Vallaud-Belkacem veut s’employer à faire.
Appliqué à la division public/privé, le Genre et la recherche féministe introduisent de nouvelles catégories analytiques : la famille, relevant du privé, devient un fait politique. Dès lors, les inégalités de Genre se jaugent au sein de la sphère privée (travail des femmes à la maison, relation de la mère avec ses enfants, les pères et le congé parental, les femmes faces aux désirs sexuels de monsieur, etc.). Or, notre intimité et notre vie privée font partie de nos droits individuels et nous ne considérons pas qu’il soit du ressort de l’Etat de nous l’objecter. Bien évidemment, les féministes considèrent que ce réflexe de défense est un mode de protection des théories patriarcales du passé ; alors que leurs assauts répétés sont destinés à entériner les théories égalitaires de demain, théories qui justifient toutes les réformes, toutes les mises à mal. Or, nous sommes pour le respect de notre Liberté en plus d’être pour l’Egalite. Nous pensons que, au sein du foyer domestique comme au sein de la sphère publique, les femmes ont toute latitude pour décider de leur carrière comme de leur rôle au sein de la famille. Nous ne sommes ni des rétrogrades, ni des traditionnalistes, ni des progressistes forcenés mais nous pensons qu’il faut laisser un libre choix aux rétrogrades comme aux traditionnalistes et aux progressistes. Pourquoi ? Car nous sommes les citoyens de la République Française et que nous pensons que la république, c’est-à-dire « la Chose Publique » ne doit pas être confondue avec la « Chose Privée ».
Que le gouvernement considère la division sexuelle du travail comme une question de justice sociale, libre à lui. Mais qu’il veuille chasser ce qu’il a ciblé sous le nom de « stéréotypes sexués » sous prétexte de s’attaquer à un combat aussi ridicule que les jupes ou les poupées des filles et les pantalons ou les pistolets en plastique des garçons, c’est là quelque chose d’inacceptable.

« LE PERSONNEL EST POLITIQUE « (Slogan féministe)
Le militantisme en faveur des droits civiques, de la possibilité des femmes à disposer d’un compte en banque, de remplir une fiche d’impôts, de se présenter à une élection, de voter ; tous ces nobles combats étaient cantonnés à la sphère publique. Les barrières qui se dressaient contre les femmes dans le monde du travail relevaient également de la sphère publique. À contrario, les féministes radicales ont fait entendre leur voix : il fallait détruire la famille puisqu’elle était à l’origine de la l’oppression des femmes. Shulamith Firestone (1945-2012), féministe radicale canadienne, publia en 1970 The Dialectic of Sex: The Case for Feminist Revolution. Se référant aux idées de Karl Marx et Engels, Freud et Simone de Beauvoir, elle élabora une théorie féministe qui influença grandement la seconde vague du féminisme [la première étant celle des suffragettes]
Ayant localisé l’oppression des femmes dans leur biologie reproductive, et étant par ailleurs optimiste quant à l’utilisation de la technologie, elle préconisait l’usage de celle-ci afin de se libérer des inégalités de genre qui seraient aggravées par le caractère biologique des corps féminins. Elle militait ainsi en faveur de la cybernétique, de la contraception, de l’avortement et du soutien étatique à l’éducation des enfants, afin de permettre aux femmes d’échapper aux contraintes liées à la maternité. Firestone soutenait aussi la fécondation in vitro ainsi que la sélection sexuelle (du sexe de l’enfant à naître). Trente ans plus tard, on retrouve beaucoup de ces thèses radicales dans les projets de Najat Vallaud-Belkacem…

Parce que les féministes ont échafaudé des réflexions radicales mettant en valeur le fait que la structure de genre de la famille serait le plus grand frein à l’égalité pour les femmes, égalité aussi bien dans la sphère publique que privée, il fallait remettre en question cette structure, détruire la famille que nous connaissons. Ceci est autorisé par le fait que ce que nous pensons comme relevant du secteur privé, est considéré comme porteur d’une dimension politique considérable : la sphère personnelle de la sexualité, du travail domestique et de la famille doit être discutée, contestée et abrogée. C’est pour elles un objectif prioritaires car, au creux de cette matrice fondamentale qu’est la famille, prennent naissance les ségrégations au travail comme les aspects psychologiques de leur subordination. Leur slogan prend tout son sens : « le personnel est politique ».

Vous comprenez mieux ainsi l’intervention de notre ministre des droits des femmes :

« Mon ambition est d’être la ministre de ce que j’estime être aujourd’hui la troisième génération des droits des femmes »

Pourquoi la troisième génération ? Car aujourd’hui on ne peut pas dire que l’on ait atteint un monde idéal. La troisième génération est celle de l’effectivité des droits, garantir que l’égalité soit garantie : agir sur les mentalités, les stéréotypes et les représentations sexuées des stéréotypes qui assignent chaque sexe à un rôle bien particulier et bien entendu inégalitaire.

Pour que l’on puisse la faire cette égalité, il faut révéler l’inégalité.
Un travail de conviction est à faire car la société s’illusionne trop sur les égalités acquises, celui-ci doit s’appuyer sur des données objectives, celles des chercheurs.

Ces inégalités entre les hommes et les femmes s’inscrivent dans un système d’ensemble avec une profonde cohérence et donc ce système d’ensemble doit être appréhendé comme tel pour être combattu efficacement. L’idée est d’arriver à déconstruire petit à petit les mécanismes producteurs d’inégalités et de construire à contrario une approche intégrée de l’égalité, c’est-à-dire qui passe par tous les mondes, tous les domaines et qui permettent d’appréhender toutes les politiques publiques sous l’angle du Genre. »

 

LA DISTINCTION PUBLIC/PRIVÉ : UNE DIMENSION IDÉOLOGIQUE

Les féministes estiment que la distinction habituelle entre le public et le domestique revêt un caractère idéologique. Nous avons déjà eu l’occasion, le 14 juin, de relever dans notre article MODE D’EMPLOI : Qui est Françoise Héritier ? (2/2) cette citation : Il faut « lutter individuellement et collectivement contre les privilèges d’une pensée acquise à partir des observations faites par nos lointains ancêtres et réitérées depuis ». Notre civilisation, nos fondements politiques, nos grands penseurs, Aristote, Rousseau ou Hegel, étaient des hommes rétrogrades, peut-être malgré eux, mais rétrogrades quand même. Ils nous ont légué un système qui enferme la femme dans ses stéréotypes sexués. Leur pensée est ontologiquement mauvaise, ou tout du moins, inadéquate. Tout doit être révisé. [Et si vous cherchez chez les féministes des penseurs de la trempe de ces grands philosophes, vous êtes un réactionnaire : faites attention]
Pourquoi les féministes estiment-elles que la distinction habituelle entre le public et le domestique revêt un caractère idéologique ? Car cette distinction présente la société d’un point de vu masculin traditionnel. Il s’agit d’un point de vu « traditionnel » car il est basé sur des postulats millénaires concernant les natures et les rôles naturels différenciés des hommes et des femmes – ces fameux postulats qui ont oppressé les femmes depuis la création d’Homo Sapiens. La prédominance des femmes dans l’éducation des enfants au sein du foyer est socialement construite, et doit donc, une fois encore, être déconstruite. Pourquoi déconstruire ? Car la sphère privée relève de l’intérêt politique.

LA RECHERCHE FÉMINISTE SUR LE GENRE : DE L’EXPLICATION A LA DÉCONSTRUCTION
Les marxistes avant les féministes pensaient que les inégalités de genre avaient leur origine dans le domaine de la production. Engels avait déjà eu l’occasion d’insister sur les liens entre le patriarcat et le capitalisme. Par la suite, les théories psychanalytiques ou psychologiques du genre ont approfondi l’idée de de Simone de Beauvoir « On ne naît pas femme, on le devient ». On pourrait en poser d’autres : Nancy Chodorow s’est même posée la question suivante « Pourquoi les femmes maternent-elles ? » (si, si, c’est vrai, elle s’est posée la question). Elle en est arrivée à la conclusion que les traits de la personnalité – qui conduisent les femmes à avoir des relations psychologiques plus proches avec d’autres personnes, à choisir de s’occuper des autres et à être considérées comme particulièrement douées dans ces domaines ; et les hommes à avoir un plus grand besoin et une meilleure capacité pour l’individualisation et le succès dans la vie « publique », c’est-à-dire le monde du travail ou de la politique – ont leur origine dans le fait que le rôle principal de l’éducation des enfants dans la structure de genre actuelle est attribué aux femmes. [The Reproduction of Mothering: Psychoanalysis and the Sociology of Gender (1978)]
Ces explications des différences entre les sexes par la caractéristique centrale de la structure sociale elle-même (les femmes maternent) révèlent qu’il est impossible pour les féministes de construire une égalité totale entre hommes et femmes sans inclure la notion de genre dans la sphère privée, c’est-à-dire au sein de la famille et de l’éducation des enfants. La sphère privée est leur barrière la plus infranchissable. Mais, parce que cette sphère privée a pris naissance dans le contexte de théories politiques patriarcales et masculinistes, cette sphère privée corrompue par ces origines inégalitaires mérite d’être bouleversée.

LES THÉORIES DU GENRE AXÉES SUR LES DIMENSIONS HISTORIQUES ET ANTHROPOLOGIQUES
Les théories reconnaissent toutes que le genre est une construction sociale universelle, c’est-à-dire présente dans toutes les sociétés humaines, commune à toutes les cultures connues et à toutes les époques historiques. De là à dire que si une construction culturelle est universelle elle s’en trouve naturelle il n’y a qu’un pas, mais il y avait là un pas à franchir qui, on vous rassure, n’a pas été franchi… Bien entendu, les féministes auraient pu s’arrêter là et se focaliser sur les diverses formes de l’inégalité, elles auraient pu considérer que, au vu des réussites de notre époque dans la sphère publique, au vu de notre contexte social, l’égalité devait continuer à se conquérir sur le même rythme que celui que notre société a offert au Progrès, mais non, le progressiste en veut toujours plus. Et surtout, le progressiste ne veut plus rien de ce que lui a légué une histoire pervertie : le progressiste veut la Tabula Rasa.
Pourquoi la Tabula Rasa ? Encore une fois car les féministes considèrent que les théories politiques qui persistent à se confiner dans l’étude de ce qui fut défini comme légitimement politique appartiennent à une ère préféministe. « Nous ne pouvons pas espérer comprendre les sphères « publiques » – l’état du monde du travail ou du marché – sans prendre en considération leur nature sexuée et le fait qu’elles ont été construites sur la base de l’idée de la supériorité et de la domination masculine » [Genre et politique – Débats et perspectives, Gallimard, 2000. p. 374]

LE DROIT À LA VIE PRIVÉE : POUR COMBIEN DE TEMPS ?
Parce que dans « Liberté, Egalite et Fraternité », il y a « Liberté », nous pouvons nous targuer, en France, d’une non-intervention de l’État dans la sphère domestique. Bien entendu, cette non-intervention fit par le passé que le mariage forcé ou le fait de battre ses enfants fut longtemps une généralité au sein de la sphère familiale, chez les bourgeois comme chez les prolétaires. Cependant, force est de constater que notre société a su évoluer sur ces questions et que la loi a fonctionné dans une optique d’égalité, sans que les comportements n’aient été modifiés par un État intrusif comme ce à quoi la Théorie du Genre nous expose aujourd’hui. On voit donc que, depuis le XIXème siècle, la société a réussi à évoluer au sein de la sphère privée sans que ce qui relève du domestique ne soit pris d’assaut par l’Etat ou un ministère des droits des femmes. Preuve que l’égalité peut se construire sans eux.
Nous avons besoin de notre vie privé pour éduquer nos enfants comme nous l’entendons, et ce « comme nous l’entendons » implique de l’Amour, du Partage, de l’Affection, de l’Éducation. Notre vie privée est nécessaire au développement de nos relations personnelles et intimes, elle nous permet de suspendre nos rôles publics, elle est un îlot de liberté, de créativité.
Or, en appliquant une perspective de genre, les féministes ne sont pas d’accord avec tout ceci :
Par exemple, dans une perspective de genre, on pourra vous objecter que les femmes ne trouvent pas d’intimité dans la sphère privée car l’amour entre les deux sexes est incompatible avec cette intimité. En effet, le recours ultime à la force de la part des hommes – recours qui est un élément caractéristique du politique – est toujours présent. Recours à la force qui explique que les femmes se fassent frappées ou violées.
Toujours dans une perspective de genre, le fait que notre sphère privée nous permet de suspendre nos rôles publics ne s’appliquerait pas aux femmes obligées de jouer leur rôle de mère, et donc contraintes à ne pas pouvoir trouver le repos. Comme si, aujourd’hui, un enfant n’était pas aussi éduqué par son père, comme si le biberon ne permettait pas aux pères de se lever la nuit pour soulager leurs épouses….

Vous le voyez, pour des féministes, la vie privée trouve ses origines dans la culture et les pratiques sociales du patriarcat. Vous comprenez sans doute mieux pourquoi, maintenant que les adeptes de la théorie du Genre ont l’oreille de Najat Vallaud-Belkacem, tout sera mis en œuvre pour que, sous le prétexte d’un objectif d’égalité, sous le prétexte également de détruire cette infamie qu’est « l’ère du patriarcat », tout soit mis en œuvre, depuis la maternelle, pour intervenir au cœur de vos foyers, là où se trouve l’enjeu le plus absolu des stéréotypes sexués et de la domination masculine. Voilà pourquoi un enfant en maternel est au centre de toutes les enjeux : il représente la génération de demain, une génération sans famille, sans maternité, sans stéréotypes, sans féminité ni machisme, sans innocence, sans spécificités, sans identité. L’enfant en maternelle est le fantasme de l’homme-femme de demain. Vous ne direz pas que l’on ne vous a pas prévenu.

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2 réflexions sur “MODE D’EMPLOI : LE GENRE ET LA SPHÈRE PRIVÉE

  1. Pingback: Féminisme et Lumières : le genre contre le libéralisme | Contrepoints

  2. Encore un site tenu par un réac’ qui a peur de voir voler en éclat sa petite position de patriarche dominant… ne vous en déplaise, certains son fiers de marcher du bon côté de l’histoire et ce ne sont pas vos protestations (qui ne sont que des rots peu bruyants) qui nous ferons reculer. Vive le queer, le mariage gay, le feminisme et la fin du patriarcat !

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